Si le terme « fabrication additive » ne vous dit peut-être rien, vous avez sans doute entendu parler de l’impression 3D, son synonyme plus courant.

Procédé de fabrication innovant, piloté par un ordinateur, et basé sur la superposition de couches de matières, il s’agit d’un gisement de croissance non-négligeable pour bon nombre d’entreprises B2B. L’institut Gartner prévoit en effet pour ce marché, en 2018, un chiffres d’affaires mondial de 13,4 milliards de dollars.

Guillaume Riottot 3D

Persuadé qu’il ne s’agit pas que d’une simple mode, DigitalB2B a posé quelques questions à Guillaume Riottot, passionné et spécialiste de la fabrication additive

 

 

Digital B2B : Comment t’est venue cette passion pour la fabrication additive ? 

Guillaume Riottot : Suite à mes études d’ingénierie informatique, j’ai toujours travaillé dans le domaine des nouvelles technologies. Dans le début des années 90, j’ai commencé à travailler dans le secteur, alors révolutionnaire, de l’impression numérique. J’ai donc toujours eu une affection particulière pour les technologies innovantes liées à l’impression. Mais je me souviens très bien l’événement qui m’a fait pressentir le potentiel de la fabrication additive : c’était autour de 2005, lorsque je suis tombé sur une expérience que menaient des chercheurs américains. Leur objectif était d’imprimer des cellules humaines d’un sein féminin, pour pratiquer une chirurgie reconstructrice pour les femmes ayant subi une mammectomie. Et ce qui m’a émerveillé, c’était que ces chercheurs se servaient de têtes d’impression jet d’encre très simples, qui devaient coûter, à tout casser, 100€ ! C’est face à cette mise en application d’une technologie révolutionnaire et peu coûteuse que j’ai trouvé le sujet de ma thèse : la fabrication additive, pourquoi les organisations doivent-elles l’intégrer à leur ADN ? Mon objectif était donc d’étudier l’impact de l’impression 3D sur les différentes organisations économiques et sociétales, et les mutations qui attendaient ces structures au XXIe siècle.

Digital B2B : Quels secteurs B2B sont le plus impactés par l’expansion de la fabrication additive ?

Guillaume Riottot : Tous les secteurs de l’économie seront impactés, mais quatre d’entre eux le sont dès aujourd’hui : la santé, l’outillage, l’aéronautique et l’automobile. Les professionnels du secteur de la santé sont déjà lancés sur l’impression de reins, de foies, de prothèses dentaires, d’os… Mais aussi sur l’impression de cellules cancéreuses, dont les laboratoires se servent par la suite pour effectuer leurs tests.

En termes d’outillage, la fabrication additive influence la façon dont nous créons des moules, mais aussi la robotique et par exemple des pinces spécifiques dont certains robots ont besoin pour réaliser des tâches précises. Là où, avant, il fallait produire des milliers d’exemplaires pour qu’un moule soit rentable, on peut désormais en imprimer un qui permettra des petites séries à peu de frais : cela induit une vraie transformation du secteur de la production.

Enfin, les secteurs de l’aéronautique et de l’automobile connaissent un vrai gain sur la chaîne de production avec l’impression 3D, qui permet d’imprimer des éléments en un seul morceau, sans vis ni soudure, et de créer ainsi des pièces plus résistantes, qui requièrent moins de temps d’assemblage, et surtout plus performantes.

 

Digital B2B : Selon toi, quels risques existe-t-il pour les entreprises de ces secteurs à ne pas passer à la fabrication additive ?

Guillaume Riottot : Le risque principal, c’est de ne pas répondre à la demande des clients de la bonne manière. Vous savez, la fabrication additive rentre déjà très vite dans les mœurs. Quand je vois mon fils de 13 ans qui vient me demander d’imprimer un porte-manteau avec notre imprimante maison, sans qu’il ne pense même à en commander un sur internet, ou même sans savoir si nous n’en avons pas déjà un… je transpose ça à une problématique de marché. Bientôt, les clients n’accepteront pas de ne pas pouvoir avoir, dans la journée, la pièce détachée spécifique qui leur permettrait de réparer rapidement leur matériel. Je prédis l’arrivée de contrats proposant une « garantie réparation 3D». Les entreprises qui n’y passeront pas, et qui continueront à se reposer sur des stocks limités, seront vite dépassées par les concurrents équipés d’une imprimante 3D.

 

Digital B2B : Cette problématique de stocks représente un vrai challenge, mais aussi un vrai bénéfice pour ces entreprises B2B. Quels autres bénéfices constate-t-on à la pratique de la fabrication additive ?

Guillaume Riottot : Cette méthode permet de réduire bien des coûts. Éviter la rupture de stock, c’est un premier gain inestimable. Mais d’autres problématiques très coûteuses trouvent leur solution dans la fabrication additive. On peut notamment parler de l’économie d’énergie dantesque que cela induit. General Electrics va prochainement remplacer des supports pesant 2kg, faits en fonderie, par des supports fabriqués en 3D ayant les mêmes caractéristiques techniques, et pesant in fine 327g. Avec une moyenne de 250 supports par avion, et sachant qu’un sachet de cacahuètes de 25 gammes coûte environ 2 000$ à transporter sur un an, je vous laisse imaginer les économies en carburant, et donc financières sur la vie d’un avion… Et n’oublions pas non plus le gain de temps considérable gagné sur une chaîne de production, avec la conception d’éléments qui ont de moins en moins besoin D’ être assemblés.

 

Digital B2B : Tu parles aussi de la manière dont l’impression 3D impacte la mise sur le marché de nouveaux produits. Et si tu nous en disais un peu plus ?

Guillaume Riottot : En effet, cette méthode de production de prototypes est bien moins coûteuse qu’auparavant, notamment du fait que l’on peu utiliser des matériaux moins onéreux pour les produire. La problématique des itérations, qui peut vite devenir un gouffre financier, s’en retrouve amoindrie aussi : il est possible, avec le même budget, de produire plus de prototypes consécutifs, et donc de tester au mieux le produit avant sa mise sur le marché, voire même sans faire de pré-séries. C’est ainsi que l’on va se retrouver avec des produits bien plus testés, prêts à être proposés à la vente plus rapidement, et sans impairs. 

 

Digital B2B : Quels sont les prérequis nécessaires pour intégrer l’impression 3D à son entreprise ?

Guillaume Riottot : Techniquement, pour mettre en place l’impression 3D, vous n’avez besoin que d’une imprimante, et d’un designer chargé de créer les modèles des produits dans un laboratoire R&D. Pourtant, je suis convaincu qu’une entreprise qui ne mettrait que ces moyens en œuvre pour développer en interne la fabrication additive n’aboutirait à rien de pérenne. Selon moi, il faut une véritable refonte de l’ADN de l’entreprise autour de cette nouvelle méthode. Chaque employé intervenant dans la création, le marketing ou la vente du produit se doit d’être initié à la méthode, pour pouvoir réellement développer un processus améliorable, vraiment efficace et rentable. Si un commercial vend du produit non-abouti, si un marketeur en fait la promotion, ils doivent être capables de dire au designer que telle ou telle fonction n’est pas adaptée au marché. Tout comme la digitalisation en général, c’est donc un réel changement de mœurs qui doit s’opérer dans l’entreprise qui se lance.

 

Digital B2B : Et l’impression 4D, qui permet de créer des produits qui bougent et se transforment seuls, sous l’impulsion énergétique… tu en dis quoi ?

Guillaume Riottot : Maintenant que les chercheurs ont réussi à trouver le moyen d’imprimer avec un mélange de matériaux aux différentes caractéristiques, l’impression 4D n’est plus du domaine de la science fiction. Les secteurs du spatial et de la santé vont très vite voir apparaître cette méthode dans leurs pratiques. Les panneaux solaires des satellites vont pouvoir se déployer sans l’aide de moteurs électriques susceptibles de tomber en panne, de tous petits éléments insérés dans les veines de personnes susceptibles de faire des thromboses se déploieront « naturellement »… L’impression 4D, comme l’impression 3D, ce n’est finalement pas si futuriste que ça !

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